Pascale Bercovitch, source de lumière


Personne n’a pu passer sur le site de la Régate internationale du Pas-de-Calais – Trophée Hauts-de-France, sans la remarquer, virevoltant dans son fauteuil roulant, allant d’un endroit à l’autre, des pontons au podium. Tout sourire. Pascale Bercovitch est connue comme athlète israëlienne, notamment en kayak avec deux participations aux Jeux paralympiques… Rencontre avec une femme au parcours hors norme.

Sur un coin de table, après un repas servi à Cité Nature, Pascale Bercovitch accepte de répondre à nos questions. Le plus dur pour elle n’est pas se raconter mais d’aller à l’essentiel tant elle a vécu de choses. Pour bien planter le décor, il faut tout de suite dire que derrière l’athlète israëlienne, il y a aussi une citoyenne française, née à Angers où elle n’a vécu que trois mois, avant de passer toute son enfance dans l’extrême sud de notre région des Hauts-de-France, à Chambly.

ENVIE DE PARTIR
À 13 ans, Pascale Bercovitch apprend que son père est juif, qu’il s’est terré durant toute la guerre… Et que du côté de sa mère, la famille a caché des enfants juifs, sans avoir été dénoncée : « les voisins ne pouvaient que savoir ; ils n’ont rien dit ». Cette culture familiale l’a d’évidence marquée. À l’époque elle rêve déjà de changer le monde et envisage de partir à l’étranger pour échapper à la lourdeur de la bureaucratie française. Sans doute cherche-t-elle surtout à se sécuriser. Pour elle, Israël est le pays où elle doit aller. Bien décidée, elle prévoit de partir à 17 ans et en attendant elle poursuit ses études à Paris où elle se rend quotidiennement par le train, au départ de Chambly. Jusqu’à ce jour de 1984, un vendredi 13, où le train est en avance. Il fait mauvais, le quai est verglacé, elle glisse et tombe sur la voie au moment où le train part… L’accident ! Bête forcément. Le drame aussi.
Sur place, Pascale Bercovitch est immédiatement secourue et assistée mais son transport, son admission à l’hôpital et l’opération prennent beaucoup de temps : onze heures. « J’ai eu beaucoup de chance, dit-elle, les secouristes ont été des anges pour moi ». Comme le sont ensuite le chirurgien et le kinésithérapeute qui l’aident beaucoup psychologiquement et avec qui elle est toujours en contact. «  Je suis convaincue, poursuit-elle, que lorsqu’on est dans le désarroi le plus total, il y a toujours quelqu’un qui attend, quelque part, pour aider ».

MILITAIRE ET SPORTIVE
Quoi qu’il en soit, à 17 ans, six mois après son opération, elle suit son idée. Elle part en Israël avec deux jambes en moins et un fauteuil en plus, sans un sou en poche. « Mes parents n’étaient pas d’accord mais ils ne m’ont pas empêchée… Ils ne savaient pas comment faire pour m’aider ». Elle n’attend d’ailleurs rien de personne. L’instinct de survie qui l’anime, sans doute hérité de ses parents, se suffit à lui-même : « je n’avais aucun regret, aucune pitié pour moi-même, c’était mon problème ».
Pour vivre, Pascale Bercovitch s’engage dans l’armée où elle reste un an et demi… La première femme soldate en fauteuil roulant du pays est affectée à des missions d’intendance  (comme remplir les boîtes de ration) et d’instruction, faisant le lien entre « la base » et les groupes de volontaires français et américains. Durant l’année et demie  qu’elle porte l’uniforme, elle a le temps d’apprendre l’hébreu… et à nager. Elle qui a pratiqué la gymnastique à un niveau respectable durant son enfance, a quelques bases qui lui donnent envie de participer, en natation, aux Jeux paralympiques, à Barcelone, en 1992. « Il fallait que je m’entraîne et je n’avais pas le temps » : trop occupée à chercher du travail pour manger… du pain et du fromage.

QUATRE PARTICIPATIONS AUX JEUX PARALYMPIQUES
La guerre du Golfe, en 1991, est pour Pascale Bercovitch, l’occasion de se sortir de la difficulté. Au culot, elle va rencontrer les journalistes qui arrivent dans le pays, sans le connaître, et leur dit : «  je peux vous aider ». Pendant quelques années, elle travaille pour des télévisions françaises et étrangères, elle parcourt le monde, fait des allers-retours fréquents entre la France et Israël… « Le journalisme m’allait bien » mais il est difficilement compatible avec la vie de famille. Jeune maman, Pascale Bercovitch consacre alors sa vie professionnelle à donner des conférences sur la motivation dans les entreprises. C’est toujours le métier qu’elle exerce en plus de sa vie de famille et de la pratique sportive. Parce qu’à 40 ans, la maman a décidé de reprendre le sport de haut niveau pour réaliser le rêve inassouvi 20 ans plus tôt. Pour cela, elle pratique l’aviron et va à Pékin (8e). Quatre ans plus tard, après avoir connu une nouvelle maternité, elle fait du cyclisme et participe aux Jeux de Londres (6e), discipline qu’elle abandonne par peur de l’accident. Elle découvre alors le kayak et participe aux Jeux de Rio (8e) puis de Tokyo (10e) où elle a failli ne pas pouvoir se rendre après un accident domestique. Sera-t-elle à Paris en 2024 ? La question reste pour l’instant sans réponse sachant qu’elle a déjà en tête un autre projet : écrire un livre, « sur moi-même, ce que j’ai appris de la vie. J’ai promis à plein de gens ».

ENTRETENIR LA FLAMME
Pascale Bercovitch, exemple à suivre ? Pas forcément. Juste une petite lumière pour rappeler à chacun qu’il peut faire son chemin, à sa façon. « Il faut croire en soi. Aller vers la lumière de la vie, la joie, l’amour. Ça existe, c’est là , les gens ne le voient pas. Il faut entretenir la flamme… »
Pascale Bercovitch ne parle pas de religion mais de croyance, celle que nous devons avoir en nous, pour avancer et travailler à l’amélioration des droits humains. À 54 ans, elle n’a rien perdu de son idéal et fait toujours preuve d’optimisme. Elle prend l’exemple de son pays d’adoption où les mentalités évoluent dans le bon sens. « Israël est plus égalitaire, plus juste, plus verte que lorsque je suis arrivée. Il y a des hauts et des bas, il y a encore énormément à faire mais la société civile est très saine ». Contrairement à ce que les médias laissent croire, juifs et arabes savent vivre ensemble et de prendre pour preuve l’équipe israélienne présente à la régate. Reste que la paix et la stabilité dans les pays environnants faciliteraient sûrement les choses.- Philippe VINCENT-CHAISSAC / Votre Info pour ASL

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