“La vie ne s’arrête pas au haut niveau”… entretien avec Thomas Simart

Thomas, tu viens d’annoncer que tu mettais un terme à ta carrière. Tu es soulagé ?
Non, pas soulagé dans le sens où je suis soulagé d’arrêter car j’aimais beaucoup ce que je faisais. Mais oui soulagé de l’avoir annoncé à tout le monde. Et tout le monde comprend très bien ma décision. Je suis très heureux de goûter à ça !

Comment est-elle venue ?
C’est un long cheminement, depuis cet été après la coupe du monde, je sentais que je n’étais plus aussi mordant. En septembre, je me suis mis à réfléchir, je n’ai pas fait de reprise, je ne me suis pas précipité, j’ai mis le bateau de côté pour voir si l’envie revenait et il y a eu le 2e confinement. Durant le premier, on avait les Jeux dans le viseur, mais là je me forçais. Je me disais qu’avec les Jeux décalés cet été, ça allait me booster. Mais j’avais l’impression de mentir à moi-même. Si je me qualifiais, c’était en biplace, et je ne pouvais pas me permettre de me qualifier aux Jeux avec une moitié d’envie. Ce n’est pas respectueux du partenaire. Aller au Jeux c’est une chose, y aller pour gagner, c’est autre chose, il faut vraiment avoir les crocs et être à 300%.

Ça ne te manque pas le bateau ?
Maintenant si ! Mais j’ai pas envie d’avoir la piquette aux doigts et d’avoir froid ! (il rit) On va attendre le printemps et reprendre pour le plaisir. Je compte aussi donner un coup de main à l’équipe d’encadrement pour partager ma passion et faire profiter de mon expérience. Mais pour le moment il y a la crise sanitaire, je croise un peu plus de monde au travail… je ne prends pas de risque, il n’est pas question que je sois à l’origine d’un cluster au club ! (il rit encore)

Niveau professionnel justement comment ça se passe pour toi ?
Je suis à temps plein au conseil départemental au sein de la direction de la communication. Il y a une dynamique qui se met en place, mes collègues ont l’air d’être contents de me voir plus, et moi aussi. J’espère faire rejaillir mon expérience du haut niveau au travail. C’est nouveau pour moi, c’est très enrichissant.

On imagine que tu ne vas pas arrêter le sport complétement…
Non ! J’ai 33 ans, j’ai toujours aimé m’entraîner. Même s’ils n’étaient pas spécialement sportifs, mes parents m’ont toujours poussé à me défouler au sport. J’adore la course à pied, le vélo et la natation… je pense que je vais me mettre au triathlon, pour me faire plaisir, sans prétention. La compète, c’est derrière moi maintenant.

Tu avais parlé de ton arrêt à ton entourage sportif ?
J’en avais touché un mot à Mathieu Beugnet mon ancien coéquipier. Il courait le long de la Scarpe, moi je rentrais du travail à vélo. On a échangé là-dessus, je voulais savoir comment il avait ressenti les choses. On est tombé d’accord sur le fait que lorsque la flamme n’est plus aussi vive, ça ne sert à rien de tirer sur la corde. La vie ne s’arrête pas au haut niveau, c’est un chemin qui continue. J’en avais aussi parlé avec mon entraîneur et un peu plus tard au président. Ils m’ont laissé du temps, mais ils ont bien compris ce qui se passait dans ma tête.

Si tu devais retenir un seul bon souvenir de ta riche carrière ?
Ouh là ! C’est compliqué, il y en a eu plein. Mais s’il fallait n’en retenir qu’un seul, ce serait la Marseillaise aux championnats d’Europe U23. C’est à ce moment là que j’ai compris que mes efforts allaient payer. C’était une belle récompense, ça a forgé ma rage de vaincre.

Qu’est-ce qui vient derrière ? Rio ?
Le titre de vice-champion du monde à Poznan en 2010 déjà, et Rio oui. Être revenu à un bon niveau pour ces Jeux, et tout cet engouement qu’il y avait autour de moi. Ça m’a donné des ailes, une motivation monstre.

Et un mauvais souvenir ?
Se blesser à l’épaule en plein milieu d’un lac ! Déjà parce que c’est hyper douloureux et puis ce qu’il y a eu derrière. L’envie de revenir trop vite, et cette bêtise que j’ai faite de courir après le quota olympique pour aller à Londres. J’ai charbonné, et sans doute brûlé des étapes, au lieu de renoncer aux championnats du monde et d’attendre les repêchages olympiques. Au final je dois faire 9e alors qu’il fallait être 7e un truc comme ça… C’est le conseil que je donnerai aux jeunes. Ne pas voir à N+1, mais voir les objectifs à plus long terme. La santé prévaut sur tout le reste !

Propos recueillis par Christophe Vincent – Votre Info