Clémence Leblanc fêtée lors de son retour à Saint-Laurent-Blangy

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Quelques larmes ont coulé hier soir (lundi 21 octobre) à Saint-Laurent-Blangy où le club de canoë-kayak fêtait le retour de sa championne du monde junior de marathon, Clémence Leblanc. Ses parents, sa famille, ses amis, les dirigeants, ses entraîneurs…

Tout le monde était là pour lui manifester de l’admiration et tout le plaisir qu’elle apporte à tous avec cette 53e médaille internationale remportée par le club… Le 5e titre mondial dans cette spécialité du marathon.
En aparté, Bertrand Fauquet, le premier champion du monde du club, il y a 20 ans, explique qu’il serait dangereux de banaliser la performance, de laisser croire que finalement ce n’est pas si compliqué. En fait ce qu’elle a fait est extraordinaire, sur le plan physique et sur le plan mental. Sa dauphine termine à seulement 4 s… Sur une course de 12 kilomètres, avec un sprint de 1,8 km, ce n’est rien. « J’ai toujours vu la pointe de son bateau, une fois sur la droite, une fois sur la gauche », racontait Clémence qui avoue avoir souffert, tombant même à l’eau, une fois la ligne coupée : « Je ne tenais plus sur mes jambes ».

Préparation minutieuse
Là-bas, Clémence Leblanc a pu compter sur la présence de son entraîneur Tony Lalet et son frère Étienne, qui l’ont accompagnée et encouragée tout au long de son effort. Mais ce n’est pas là-bas qu’elle a véritablement construit son succès, c’est à Saint-Laurent-Blangy, au cours d’une préparation méthodique qu’expliquait Tony Lalet : des footings le matin, des séances d’entraînement hors des créneaux habituels du club et déjà une préparation au décalage horaire… Et une partie en totale autonomie : « Jamais, elle ne nous a demandé de l’amener au club ; elle a tout fait à vélo », confiait sa maman, très heureuse d’avoir contribué à lui donner le goût du sport.

Avec un bateau d’emprunt
Championne d’Europe, en juillet dernier à Decize, Clémence Leblanc n’était pas programmée pour participer à ce championnat du monde. Elle devait entrer en compagnonnage en septembre ce qu’elle a pu décaler grâce à l’implication de son patron Stéphane Lamart (Artbois à Sainte-Catherine)… Le sort aurait même pu la priver des championnats d’Europe. Petite anecdote livrée par son papa : « Une semaine avant les championnats d’Europe, elle n’avait plus de bateau. Je l’ai cassé en sortant du garage ». À Decize, elle a donc couru avec un bateau prêté par un Mantais, Michaël Couton, qui ne l’a pas encore récupéré parce que c’est avec ce bateau -là aussi qu’elle était en Chine… Bateau qui doit maintenant revenir en France par conteneur.

Porte-drapeau de la délégation française
Pas programmée pour aller en Chine ? Vraiment. Clémence Leblanc ne s’est peut-être même pas forcément rendu compte de ce qui lui arrivait : « Quand j’ai pris l’avion, je ne réalisais pas ». Pas davantage perturbée par le décalage horaire, ni par le fait d’être porte-drapeau de la délégation française lors de la cérémonie d’ouverture. En réalité, le stress est arrivé avec la première de ses trois courses, la short race qui lui a permis de se mettre en jambe, d’affiner sa stratégie, et de mieux appréhender les portages qu’elle n’a pas forcément bien vécus… Avec quand même au final, une 6e place parmi les seniors.
Et puis il y a eu cette course junior qui était son objectif. Partie stressée, rassurée (« ça va aller », lui a-t-on répété) par ses entraîneurs, elle a effectué les 1500 premiers mètres proprement.

De meilleures trajectoires
Dépassée par la concurrente hongroise, elle l’a rattrapée puis dépassée au bénéfice de meilleures trajectoires avant d’accélérer franchement au premier portage, pour ne plus jamais lui laisser le moindre répit avant le sprint final. « Bien sûr qu’il y a eu des moments de doute, explique-t-elle, mais je me suis toujours efforcée de rester bien placée, de faire ce que je sais faire ». Et là « c’est magique » comme dirait Delphine Watiez, la chargée de communication à la direction régionale des Hauts-de-France d’EDF, partenaire de l’équipe espoir de l’ASL dont font aussi partie des filles comme Claire Billau ou une certaine Flore Caupain, les copines depuis si longtemps, qui étaient là hier soir à ses côtés.
« Clémence nous a fait rêver » dit Nicolas Kusmierek, pour la municipalité de Saint-Laurent. Il lui maintenant à savourer les jours qui viennent (elle sera reçue ce mercredi soir dans sa commune de Bailleul-Sire-Berthoult) avant de reprendre les armes, du moins les ciseaux à bois, pour un jour devenir ébéniste. Là non plus, cela ne sera pas facile mais quand on a un tel tempérament, tout est possible.- Philippe VINCENT-CHAISSAC