Damien Sikora : français fier de son nom polonais

Damien Sikora.- Août 2019. Photo © PVC / Votre info

Sikora. Le nom est polonais. Il veut dire mésange. Damien, lui, est bien français. Il a même été international… Tout à la fois fier de son nom et d’être français, il sait être le fruit de l’immigration polonaise et vit avec, en lui, une forme de mixité qu’il a finalement du mal à définir faute d’avoir pu (ou su) parler davantage avec ses grands-parents.

Damien Sikora sait bien que l’on fête un centenaire, en cette année 2019… De quoi au juste… Il se pose la question. Quand on lui explique que c’est celui de l’anniversaire d’une convention d’immigration entre la France et la Pologne pour le recrutement massif de travailleurs polonais, tout s’éclaire. Ses grands-parents sont arrivés en France dans les années 20, lorsqu’ils étaient jeunes, voire très jeunes. Ils se sont connus chez nous et ont perpétué la tradition polonaise. « Lorsque ma grand-mère est décédée, la messe de funérailles a eu lieu à Billy-Montigny, dans une église polonaise, avec un prêtre polonais… » Mais sa grand-mère, de ses origines, elle n’en parlait pas trop… pas assez. « Et nous (avec son frère Jean), trop jeunes, on ne posait pas de questions. Mais mon père doit savoir », poursuit Damien Sikora qui, aujourd’hui, aimerait rattraper un peu du temps perdu et surtout être en mesure de pouvoir transmettre cette histoire à ses enfants. Pour lui, il est temps maintenant de recueillir la parole familiale, d’aller vivre quelques semaines ou quelques mois en Pologne, pour découvrir les lieux d’où sont originaires ses aïeuls, du côté de son père… et de sa mère qui a, elle aussi, des origines polonaises. Pour aller plus loin que le simple fait de savoir que son grand-père a monté des chevalets de mine avant de devenir boucher-charcutier dans un quartier polonais…

Pas un mot de polonais
Reste que le jour où il fera le voyage, la langue sera pour lui un handicap. Car, bien sûr, il ne parle pas un mot de polonais. Son père ne le parle pas non plus mais le comprend, du moins comprenait sa mère. Pour lui, la règle du « T’es en France, parle français » s’est appliquée, la famille étant soucieuse de rester discrète, de ne pas être marginalisée et de « vivre dans le groupe », gardant l’amour du nom et des origines pour l’intimité.
Cette « intégration », mot qu’il convient de prendre avec beaucoup de prudence et de précaution, les Sikora l’ont parfaitement réussie. Damien, le céiste et Jean, le kayakiste, font depuis longtemps partie de l’ASL Saint-Laurent-Blangy sans que cela fasse sourcilier qui que ce soit. Damien qui a commencé par faire de la natation à Avion, aimait l’eau mais voulait être au grand air. Sa mère l’a inscrit au club de Biache où il a passé trois ans avant d’arriver à Saint-Laurent-Blangy, l’année de son entrée en 6e à la section sport du collège Verlaine. Kayakiste, il s’est converti au canoë qui lui donne plus de sensations, sous l’emprise de François Maucourant. « C’est lui qui m’a mis sur la voie, qui m’a motivé ». Avec le bonheur que l’on sait puisque Damien qui était avide de compétition, a été international (avec des compétitions en Pologne d’ailleurs) et a fréquenté l’Insep… L’Insep qui l’a un peu stressé. « Les conditions y sont idéales pour performer mais on se sent redevable de quelque chose », explique-t-il.

Le sentiment de famille
Revenu s’entraîner à Saint-Laurent, il a (re)trouvé tout ce dont il avait besoin pour s’exprimer tout en découvrant – au hasard des entraînements où il donnait un coup de main – qu’il aimait aussi voir les autres s’épanouir, sportivement (dans le canoë-kayak) et culturellement. D’où le cursus universitaire  qui l’a vu passer du DUT de génie civil aux sciences humaines et sociales, spécialité sport et activités physiques. Lui reste maintenant à asseoir son avenir professionnel : d’abord animateur de groupes en centre sociaux, il est pour l’instant salarié du club avec un contrat à durée déterminée et souhaite rester dans le monde du sport, et du canoë-kayak en particulier… avec un principe qu’il cherchera toujours à mettre en application : ne pas se contenter des beaux conseils et des avancées scientifiques, pour laisser de la place au sentiment de famille… Celui-là même dont les immigrés polonais ont usé pour tenir le coup dans les moments les plus difficiles. Ou quand la culture familiale vous marque plus qu’on ne le croit.- Philippe VINCENT-CHAISSAC / Votre Info