Table ronde : à quand le canoë-kayak pour tous les handicapés ?

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Quelle place pour les handicapés dans le monde du canoë-kayak ? Une table ronde organisée vendredi soir à Saint-Laurent-Blangy, a permis de poser clairement la question et d’apporter quelques éléments de réponses.

Mine de rien, il y avait du beau monde autour de la table : Jean-Christophe Gonneaud, référent paracanoë à la fédération ; Papia Prigent, manager des équipes de France olympique et paralynpique ; Olivier Bayle, vice-président de la fédération ; Mathieu Goubel, conseiller-technique régional… Et des pratiquants avec leurs guides et accompagnateurs.
Principal constat : des choses ont été faites mais il reste beaucoup, beaucoup à faire. L’idée même que des handicapés puissent pratiquer le canoë-kayak n’est pas nouvelle. Cela remonterait même aux années 30… Toutefois il a fallu attendre les années 80 pour que cela se formalise avec l’apparition du handikayak, activité de loisir basée sur l’accueil et le partage. La pratique en compétition est encore plus récente avec l’arrivée du paracanoë qui a fait son entrée aux Jeux paralympiques de Rio… pour trois catégories : les déficiences d’amplitude articulaire, des membres inférieurs et musculaires. C’est une reconnaissance. Elle était indispensable… Elle est insuffisante. À commencer pour les non-voyants qui peuvent aller chercher des titres de champion de France, délivrés par la fédération française mais ne bénéficient pas, pour l’instant du moins, de ce label paralympique.

L’indispensable aisance aquatique

Chose importante à souligner, c’est bien la Fédération française de canoë-kayak et des sports de pagaie qui bénéficie de la délégation ministérielle pour s’occuper de handikayak et de paracanoë. C’est à ce titre qu’elle délivre les titres de champion de France, sachant qu’elle travaille étroitement avec la Fédération française handisport. En revanche, pour le handicap mental, c’est la Fédération française de sport adapté qui a la compétence et qui organise chaque année ses championnats de France… en ligne et en slalom, en eau plate… et en eau vive avec un encadrement plus conséquent. D’évidence, la pratique en eau vive interroge. D’où cette question importante : la fédération peut-elle organiser des sorties handicap, en eau vive, pour tout le monde ? Sachant que « l’effet plaisir est immense » . Réponse de l’assemblée : « si on n’est pas capable de faire… on ne fait pas, handicapé ou pas ». Ce qui renvoie à l’aisance aquatique, indispensable à tout pratiquant… qui peut s’acquérir en piscine. Dès lors rien ne s’opposerait à ce que tout handicapé puisse accéder à toutes les disciplines du canoë-kayak… En eau plate ou en eau vive pour peu que la marge de sécurité ait été agrandie, voire en mer, et même en polo,

Peur de ne pas y arriver
Autre point à avoir été abordé : la place des pratiquants handicapés dans la famille du canoë-kayak. Des témoignages apportés, il ressort que dans beaucoup de cas, elle n’est pas vraiment reconnue. C’est en tout cas le ressenti. Certes, il y a des initiatives locales mais il n’y a pas de réelle politique fédérale. Dans certains clubs, cela relève plus d’une politique d’affichage pour aller chercher des subventions, plutôt que d’une réelle implication. « On fait partie du club, sans en faire partie… Nous sommes livrés à nous-mêmes », a-t-on entendu. Heureusement ce n’est pas le cas partout.
L’un des freins au développement du handikayak et du paracanoë serait la « peur viscérale » de ne pas arriver à gérer. Et d’inviter les cadres fédéraux à aller voir ce que les handicapés sont capables de faire… Beaucoup de choses sont possibles, souvent avec peu d’aménagements, à condition peut-être pour les encadrants d’accepter l’idée de revoir leurs bases de kayak. À partir de là, du moment où la solidarité naturelle s’exprime, au-delà du handicap, tout devient possible.

Question centrale : la formation des guides

Reste le cas très particulier du non-voyant qui a été très largement évoqué, avec la place du guide comme question centrale. Devant, derrière, sur le côté… Dans le même bateau (K2) ou dans des bateaux qui se suivent (K1)… L’expérience montre que le non-voyant entendra mieux les consignes de son guide s’il est devant lui. C’est en tout cas la technique que les Immercuriens Nicolas Le Bot (guide) et François Jonquet (non-voyant) ont adoptée, avec une belle réussite. Il suffisait de les voir le lendemain lors de la régate internationale du Pas-de-Calais pour en être convaincu. À l’inverse de ce qui peut se faire ailleurs, ils partagent régulièrement les entraînements des valides, avec des « chronos solides », résultat d’un travail effectué sur l’eau mais aussi dans la machine à pagayer et en footing.
Devant, derrière, sur le côté… Finalement cela importe peu dès lors que le couple a ses habitudes : tout est question de confiance. En réalité la principale de difficulté est de trouver le bon guide, un bénévole disponible qui a déjà un bon niveau de pratique du kayak : « il faut trouver chaussure à son pied ». L’idéal serait même d’avoir plusieurs guides ce qui pose clairement la question de leur recrutement si l’on veut vraiment développer la pratique, et de leur formation. Parce que si chaque binôme créé a son fonctionnement, il peut quand même y avoir des apprentissages communs. Comme tout simplement la montée dans le bateau.- Philippe VINCENT-CHAISSAC / Votre Info